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Dans le cadre des Nuits du Dahu, au café associatif « Chez ta mère » à Toulouse (31), le 10 février 2016 à 20h30, Hamed Bouzzine a présenté son fragment d'épopée Touareg, histoire d'Arrigulan et de son neveu Adelaseigh.

Hamed Bouzzine est un conteur berbère, descendant des touaregs. Né au Sahara, « Le pays de nulle part » comme il se plaît à dire, il nous conte des récits qu'ils l'ont bercé depuis sa plus tendre enfance. Des histoires qu'il tient de son grand-père, de sa mère qui chantait les mythes, ou qui émergent de son association avec Alpha Kouyaté, griot Manding, grand maître du Balafon, avec lequel il a partagé la scène pendant 6 ans.

Depuis près de 30 ans, Hamed Bouzzine nous livre ses histoires et nous révèle le patrimoine et la culture des Imazighens, les hommes libres, avec générosité, humour et poésie, la poésie restant l'art majeur chez les berbères. Dans une étroite proximité avec le public, il dévoile des épreuves initiatiques, nécessité inéluctable pour la survie dans les déserts hostiles, et lève le voile sur les peurs, notamment la plus ultime, celle de la mort. C'est avec dignité et un sourire empli de malice qu'il nous emmène sur la route des nomades, à la découverte du monde. Son récit, rigoureusement travaillé, se voit également ponctué de commentaires quant au fonctionnement de la culture berbère (transmission matrilinéaire du pouvoir) ainsi que d'anecdotes qui nous donnent à percevoir la vie qu'il a pu mener avant de se plonger pleinement dans l'oralité. Ainsi, le public apprend au fil de sa narration qu'il a obtenu un diplôme d'ingénieur de l’École centrale d'électronique.

Percussionniste d'exception -il a notamment joué avec Archie Shepp, Kenny Clarke ou encore Tito Puentes- la musique fait partie intégrante de son récit, son fragment d'épopée étant conté au rythme d'instruments traditionnels africains. Le Bolon (harpe du Niger) et la Darbouka (percussion) viennent se mêler à sa voix poétique et à ses mélodies pour envoûter le public, le mener à une réflexion sur l'état du monde et des hommes, le conduire sur les sentes de la sagesse et de la tolérance.

Et puis, du Sahara au tumulte new-yorkais, il n'y a qu'un pas, cette même relation de l'homme avec le monde qui l'entoure. Hamed Bouzzine, d'une élégance noble, s'est dressé face au public pour lui partager la poésie vindicative du poète syrien Adonis. Sans artifice pour laisser la primauté au verbe, Hamed Bouzzine a offert un fragment de « Tombeau pour New York » de façon rapide et syncopée. Avec cette poésie, ancrée dans une certaine actualité, il a plongé chacune des personnes de l'assistance dans leur moi profond, chacune d'elle devant trouver ses propres réponses, son propre chemin.